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19:18
Monsieur le Président,
Mon client comparaît aujourd’hui devant votre tribunal pour un crime d’une gravité exceptionnelle : il touche 2 000 euros par mois.
Deux mille euros.
À ce stade, permettez moi de rappeler que nous sommes en France, pays où l’on peut être soupçonné d’avoir ruiné les finances publiques dès lors qu’on possède encore assez d’argent pour acheter du beurre.
Monsieur le Président, mon client est retraité. Il n’a ni yacht, ni jet privé, ni portefeuille offshore. Il possède seulement une pension, une mutuelle, quelques factures et cette dangereuse habitude de vouloir manger tous les jours.
L’accusation prétend qu’il est responsable du déficit.

C’est plausible.

Après tout, ils sont des millions comme lui. Additionnez 2 000 euros, retirez les impôts, la CSG, la TVA, l’électricité, le chauffage, les assurances et les légumes à 6 euros le kilo : il reste effectivement une fortune. De quoi menacer sérieusement l’équilibre budgétaire de la République.

Face à lui, Monsieur le Président, vous gagnez 8 000 euros par mois.

Je précise immédiatement : je ne vous accuse de rien.

Je constate simplement qu’entre celui qui coûte prétendument trop cher à la Nation avec 2 000 euros et celui qui rend la justice avec 8 000, il existe une différence de revenus suffisamment confortable pour que le déficit puisse, à défaut d’être résolu, être au moins confortablement amendé.

Mon client est accusé d’avoir vécu au-dessus de ses moyens.
Il a pourtant travaillé quarante-deux ans.
Il a cotisé.
Il a payé des impôts.
Il a payé la TVA.
Il a payé ses factures.
Et maintenant qu’il reçoit la retraite pour laquelle il a cotisé, on lui explique que cette retraite coûte trop cher.

C’est merveilleux.

Imaginez un restaurant qui, après avoir encaissé pendant quarante ans le prix de votre repas, vous explique au moment du dessert que vous êtes responsable du prix du menu.
Monsieur le Président, mon client demande seulement qu’on cesse de lui faire porter sur le dos la dette qu’il n’a jamais contractée.
Il n’a pas voté tous les budgets.
Il n’a pas créé les administrations.
Il n’a pas inventé les niches fiscales.
Il n’a pas recruté les fonctionnaires.
Il n’a pas signé les chèques.
Il n’a même pas le chéquier.

Il a simplement 2 000 euros par mois.

Et c’est manifestement beaucoup trop.

Je demande donc la relaxe.

Et, si le tribunal devait néanmoins condamner mon client, je demande une peine exemplaire : qu’on lui laisse ses 2 000 euros.
Après tout, Monsieur le Président, il faut bien que quelqu’un paie le déficit.
Et puisqu’il paraît que c’est lui…
Qu’on lui laisse au moins de quoi payer l’addition.
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