Exploration du désir sexuel chez quatre femmes dans une perspective féministe
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Le féminisme radical de la spécificité Le courant de pensée du féminisme radical de la spécificité, si l'on compte l'identité féminine étayée par le féminisme de la fémelléité, offrirait un deuxième axe d'analyse de la sexualité soit un questionnement des rapports au corps. Déscarries-Bélanger et Roy sont d'avis que ce courant de pensée se serait tourné vers des stratégies d'intervention et une réflexion s'adressant prioritairement aux conditions concrètes de la vie des femmes. C'est au sein de ce courant de pensée que les tentatives d'intégration du vécu des femmes au modèle théorique semblent poussées le plus loin. Les tenantes de ce courant de pensée seraient celles qui auraient le plus documenté le postulat majeur du féminisme, à savoir le fait que "le privé est politique". Principalement axé sur la maternité et l'amour, le féminisme radical de la spécificité serait à l'origine des premières réflexions sur les nouvelles technologies de la reproduction comme outil de pouvoir aux mains des hommes. L'oeuvre du collectif mené par Haug, en plus d'incarner l'alliance possible entre certains courants de pensée, soit celui de la fémelléité, celui de la spécificité et celui du radical matérialiste, démontre comment les femmes acquerraient leur identité (en réponse aux attentes sociétales) par le biais de leur corps, comment elles seraient sexualisées par leur corps. L'hypothèse de leur oeuvre Female Sexualization: A Collective Work of Memory est que le processus de socialisation des filles serait synonyme de la sexualisation du corps et de ses parties. Partant de leur propre expérience et étant à la fois les objets de la recherche et les chercheuses, Haug et al. démontrent que la sexualisation du corps de la femme passerait par ses cheveux, ses hanches, ses seins, ses vêtements, l'hygiène de son corps, etc.. Selon Haug et al., le corps deviendrait partie intégrante de la façon dont les femmes construiraient leur identité. Les normes régissant la construction de leur identité passeraient par des règles imposées à leur corps et à ses différentes parties. Les femmes vivraient leur intérieur en fonction de leur extérieur: "The body thus becomes part of the process whereby we build ourselves into the social order, living from the inside out towards. " [Frigga Haug et al., Female sexualization: A Collective Work of Memory, London, Verso, 1987, p. 175.] Apprenant très tôt, par un enseignement implicite et explicite, à se conformer à ces normes, la femme apprendrait aussi comment négocier avec les déviations. Elle porterait du noir pour s'amincir et saurait quel genre de vêtement conviendrait le mieux à son âge. "As children we assimilate not only bodily standards but also, alongside them, the knowledge we need in order to conceal our own "deviations". A necessary part of the "general knowledge" of feminity is knowing which colours achieve which particular effects (black, for example, "thins us out"); knowing which patterns (horizontal or vertical stripes), or which particular textile structure (to rib or not to rib) is especially well suited to emphasize or conceal certain parts of our bodies." [Frigga Haug et al., Female Sexualization: A Collective Work of Memory, London, Verso, 1987, p. 129.] Haug et al. soulignent l'importance qui serait accordée aux vêtements par les femmes. Le vêtement deviendrait important car il serait celui qui définirait la femme, le type de femme qu'elle serait. D'autre part, elles expliquent le rôle qui serait joué par les normes de beauté corporelle chez les femmes comme la recherche du poids idéal. Ces normes de beauté détermineraient leur relation avec elles-mêmes, avec leur corps. Ce serait donc le contrôle qu'elles auraient sur leur corps qui démontrerait leurs capacités à respecter les normes. Un des points importants du livre de Haug et al. est leur perception de la participation active des femmes à leur propre socialisation. Important car en contradiction avec beaucoup de penseures féministes, mais aussi important car elles y verraient là la clé permettant aux femmes leur libération. Leur façon de concevoir cette participation active ne signifierait pas un désir ou une acceptation consciente des conséquences de la socialisation. Les femmes y participeraient activement mais à l'intérieur d'un espace social prédéterminé. Les femmes seraient habituées à penser en terme de permis et d'interdits et auraient appris à composer avec les limites définies, ce qui laisserait croire à leur autonomie qui s'inscrirait à l'intérieur de zones déterminées d'avance. L'oeuvre de Haug et al. incarnerait l'alliance possible entre différents courants de pensée féministes, soit ceux du féminisme radical de la spécificité, du féminisme de la fémelléité et du féminisme radical matérialiste. Par leurs questionnements des normes imposées au corps des femmes, par leur analyse du lien entre le corps et l'identité de même que par leur dénonciation du contrôle social exercé sur le corps des femmes, elles alimentent notre réflexion par rapport au corps et à l'identité sexuelle. Ces questions semblent jouer un rôle important dans la sexualité féminine et nous présumons, par extension, dans le désir sexuel féminin. |
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