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Chaque matin, il se lève. Déjà, c'est suspect. Il travaille. Non par passion, ce qui serait ridicule, mais parce qu'il a pris l'habitude extravagante de payer lui-même ses factures. Il remplit des formulaires. Il respecte les files d'attente. Il déclare ses revenus avec la docilité d'un mouton qui apporterait lui-même sa sauce à la boucherie. Depuis trente ans, il finance un système dont il découvre chaque année qu'il est le principal problème. Quand il réussit, il est privilégié. Quand il peine, il est invisible. Quand il proteste, il est réactionnaire. Quand il se tait, il consent. Un citoyen parfait. Donc un coupable idéal. En face, les professionnels de l'excuse permanente. Les athlètes de la responsabilité déléguée. Les virtuoses du « c'est la faute du système » qui considèrent toute conséquence comme une agression personnelle. Ils cassent du mobilier urbain au nom de la justice sociale. Étrangement, la justice sociale s'attaque toujours aux vitrines du quartier et jamais aux lois de la physique. Ils réclament des droits avec l'énergie qu'ils refusent aux devoirs. Ils dénoncent les privilèges en exigeant les leurs. Ils combattent les discriminations à condition de pouvoir continuer à discriminer ceux qu'ils n'aiment pas. Et l'époque les adore. Car l'époque se méfie de celui qui construit et s'émerveille devant celui qui explique pourquoi il ne pouvait pas construire. Elle applaudit la revendication davantage que l'effort. L'indignation davantage que le résultat. Le prétexte davantage que la responsabilité. L'homme qui travaille, paie, respecte et produit n'est pas assez spectaculaire. Il n'incendie rien. Il ne bloque rien. Il ne crie pas assez fort. Il commet la faute impardonnable d'être utile dans un monde qui préfère être visible. Je requiers donc sa condamnation. Qu'il soit condamné à continuer de financer ceux qui l'accusent. À écouter ceux qui le méprisent. À être présenté comme le problème lorsqu'il est la variable d'ajustement. Et surtout à rester poli. Car dans une société où chacun revendique le droit de hurler, le dernier homme qui dit « bonjour » constitue une provocation insupportable. Je vous remercie. | ||
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