| << Précédent | | La voiture!, cet indispensable accessoire de notre liberté | | Suivant >> |
|---|
Il est des objets dont l'homme pourrait fort bien se passer, comme le presse-purée électrique, le stylo quatre couleurs ou le cousin Gérard. Et puis il y a la voiture. Sans elle, notre liberté ne serait plus qu'une théorie fumeuse débitée par un philosophe en sandales. La voiture est une invention remarquable. Elle permet à un citoyen parfaitement immobile de parcourir huit cents kilomètres afin de constater que la pluie tombe également ailleurs. C'est un progrès considérable. Nos ancêtres, condamnés à marcher, avaient le tort de connaître leur village. Nous, nous ignorons celui où nous habitons mais nous savons parfaitement où se trouve la prochaine aire d'autoroute vendant des sandwiches triangulaires au goût de carton bio. On prétend parfois que l'automobile aliène l'individu. C'est une calomnie. Rien ne procure davantage un sentiment de liberté que de rester bloqué quarante-cinq minutes derrière un camion transportant des betteraves, sur une nationale en travaux, tout en écoutant une émission expliquant que les embouteillages sont désormais fluides. La voiture est un temple de la contradiction. Nous l'achetons pour gagner du temps, puis nous passons nos week-ends à lui faire prendre l'air. Nous nous endettons pour acquérir un modèle plus puissant, afin de respecter scrupuleusement les limitations de vitesse. Nous pestons contre le prix de l'essence en laissant tourner le moteur, stoppé par l'embouteillage pour profiter de la clim.. L'automobiliste est un être fascinant. Dès qu'il ferme sa portière, il se transforme. L'homme courtois devient procureur. Chaque piéton est un complot, chaque cycliste une provocation métaphysique, chaque conducteur plus lent une insulte personnelle à l'évolution de l'espèce. En revanche, dès qu'il gare sa voiture, le même individu retrouve miraculeusement la conviction que les automobilistes sont des sauvages. Il faut admirer cette capacité très française à défendre simultanément deux idées incompatibles : la voiture est indispensable, mais celle des autres encombre inutilement les routes. Chacun réclame des places de stationnement, à condition qu'elles ne soient pas devant chez lui. Chacun souhaite une circulation fluide, mais uniquement dans le sens où il roule. Certes, la voiture pollue un peu. L'être humain aussi. Depuis qu'il respire, il produit du dioxyde de carbone sans même avoir la décence de payer une taxe carbone sur ses poumons. On ne saurait donc reprocher à un moteur de participer, avec une touchante solidarité mécanique, à cette vaste entreprise de transformation de la planète en serre tropicale. La vérité est plus simple : la voiture n'est pas seulement un moyen de transport. C'est une confession roulante. Elle révèle nos impatiences, nos vanités, notre besoin d'aller toujours plus loin pour découvrir que nous avions oublié les clés de la maison. (vécu authentique en partant de la campagne , j'avais laissé les clefs de mon appart sur la table.. arrivé a paris en pleine nuit , j'ai du refaire le trajet dans les 2 sens Et pourtant, malgré les bouchons, les pannes, les radars, les créneaux ratés et les GPS qui vous invite avec une douceur inquiétante à tourner dans une rivière Et l'être humain aime beaucoup croire des choses manifestement fausses, pourvu qu'elles soient confortablement climatisées. ![]() | ||
| ||
Page 1 | ||
| << Précédent | | La voiture!, cet indispensable accessoire de notre liberté | | Suivant >> |
|---|

(vécu authentique en partant de la campagne , j'avais laissé les clefs de mon appart sur la table.. arrivé a paris en pleine nuit , j'ai du refaire le trajet dans les 2 sens
qui vous invite avec une douceur inquiétante à tourner dans une rivière
