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N°Annonce

Mot de passe

Garder en mémoire

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19/08
Il fut un temps où l’État gardait jalousement les secrets des Français. Aujourd’hui, il les garde comme ma concierge garde les clés de la cave : dans un pot de fleurs, sur le rebord de la fenêtre, avec un petit mot disant « ne pas toucher ».
Et voici que le ministère des Finances découvre que des données ont pris la poudre d’escampette. On nous rassure aussitôt. Enfin, « on nous rassure » est une façon de parler. Disons plutôt qu’on rassure ceux qui viennent de nous expliquer qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter.

C’est une vieille tradition administrative : lorsque le bateau prend l’eau, on nomme une commission chargée de vérifier si l’eau est bien conforme aux normes européennes, puis une sous-commission pour étudier la possibilité de reboucher le trou. Pendant ce temps, les poissons consultent les fichiers fiscaux.
Les responsables nous expliquent donc, avec cette sérénité particulière des gens qui ne sont pas concernés personnellement, que les données seraient protégées, que les procédures existent, que la sécurité est une priorité et que tout est sous contrôle.

Tout est sous contrôle.

Phrase magnifique, généralement prononcée juste avant que le contrôle soit retrouvé dans une benne à ordures.
Le citoyen français, lui, apprend avec une certaine émotion que son État connaît son nom, son adresse, ses revenus, ses comptes, ses impôts, ses déclarations, ses habitudes et probablement la marque de son grille-pain. Il imaginait naïvement que toutes ces informations étaient enfermées dans une forteresse numérique imprenable.
Erreur.
La forteresse numérique ressemble parfois davantage à une porte de jardin sur laquelle on aurait écrit : « Merci de ne pas entrer, les données personnelles sont à l’intérieur. »

Et les sites publics ! Ah, les sites publics ! Ces merveilleuses constructions administratives où l’on vous demande douze mots de passe, trois codes, deux confirmations par SMS et le nom de jeune fille de votre arrière-grand-mère pour vous expliquer ensuite que votre dossier est momentanément indisponible.Pour l’usager honnête, l’accès est compliqué.Pour le hacker, c’est une autre histoire.

L’un doit prouver qu’il est bien lui-même. L’autre doit parfois seulement prouver qu’il est motivé.

Il y a là une magnifique philosophie républicaine : la sécurité maximale pour empêcher le citoyen d'entrer, la sécurité minimale pour empêcher les autres d'entrer.
Mais rassurons-nous.Une enquête est ouverte.Une cellule de crise se réunit.Un audit sera probablement commandé.Des experts vont se pencher sur la question.
Et, dans quelques mois, un rapport expliquera avec une remarquable précision pourquoi personne n’avait prévu ce qui vient de se produire.

C’est le miracle permanent de l’administration française : elle ne prévient jamais les catastrophes, mais elle sait admirablement les documenter après leur arrivée.
Quant aux responsables, ils continueront de nous expliquer que la situation est « prise très au sérieux ».
Ah ! Le sérieux administratif.
C’est cette chose merveilleuse qui permet de perdre vos données avec dignité.

Le contribuable, lui, n’aura plus qu’à regarder son ordinateur avec inquiétude, en se demandant si son identité fiscale ne va pas connaître une seconde vie quelque part dans le vaste monde numérique.

Mais qu’il se rassure.l’État veille.L’État protège.L’État surveille.
Et si, par extraordinaire, quelqu’un parvenait à pénétrer dans ses systèmes, il découvrirait probablement qu’il faut remplir un formulaire Cerfa pour demander l’autorisation de voler les données.
Formulaire disponible uniquement sur le site actuellement indisponible.

La France numérique avance.Elle avance lentement, certes.Mais avec nos données dans les poches des autres.
BONNE CHANCE A TOUS!
19/08
là aussi j'ai confiance dans la puissance de l'intelligence nationale.
A partir du moment où tout le monde est en relation sur la même technologie (d'origine étrangère) les petits trous de la passoire ne sont plus un obstacle pour des petits malins...
Poutine l'a bien compris....hop on ferme !
19/08
on LA ferme tu voulais dire
21/08
la république ? pas ç'oir !
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