| << Précédent | | allez une encore une petite pour la route | | Suivant >> |
|---|
Il paraît qu'un certain Javier Milei est arrivé au pouvoir en France. Les journaux ont aussitôt annoncé la catastrophe, ce qui est leur manière pudique de reconnaître qu'il allait enfin se passer quelque chose. Le premier décret fut de supprimer la moitié des ministères. Les fonctionnaires survivants protestèrent avec une vigueur admirable, c'est-à-dire entre dix heures et onze heures trente, avant la pause réglementaire destinée à récupérer de l'épuisement provoqué par la manifestation. On vit alors un phénomène que les biologistes croyaient impossible : des administrations privées de budget continuèrent à produire des formulaires. Comme certains reptiles décapités continuent de courir quelques instants, la bureaucratie française découvrit qu'elle pouvait survivre plusieurs mois sans cerveau et sans crédits. Une performance qui lui valut les félicitations du Muséum d'Histoire naturelle. Les chaînes d'information organisèrent des débats quotidiens. On y expliqua que la fin de l'État entraînerait la disparition des saisons, des hirondelles, du cassoulet et probablement de la gravitation universelle . Un ancien haut-commissaire, dont personne ne connaissait la mission mais dont chacun admirait la retraite, démontra graphiquement qu'en supprimant trois agences publiques, la France allait perdre la bataille d'Austerlitz. Les Français, peuple sentimental, furent d'abord terrifiés. Comment vivre sans une commission chargée de réfléchir à la création d'un observatoire destiné à préparer le rapport d'une future autorité indépendante ? La perspective de devoir prendre une décision sans attendre l'avis conforme de huit administrations provoqua chez certains des crises d'urticaire républicaine. Puis un phénomène étrange apparut. Des commerces ouvrirent sans demander l'autorisation d'une commission consultative sur l'harmonie chromatique des enseignes . Des entreprises embauchèrent avant que l'Inspection du bonheur au travail n'ait validé la taille réglementaire des plantes vertes . Les trottoirs demeurèrent pourtant à leur place. Les pigeons continuèrent à salir les statues. La Seine coula avec une désinvolture presque contre-révolutionnaire. Les prophètes du désastre furent profondément déçus. Ils avaient annoncé la famine ; on leur servit une croissance économique. Ils prédisaient les émeutes ; les gens étaient trop occupés à travailler pour incendier quoi que ce soit. Ils avaient promis le retour de la barbarie ; on constata seulement la disparition de quelques formulaires Cerfa, ce qui est certes douloureux pour les collectionneurs, mais insuffisant pour parler d'effondrement civilisationnel. Les syndicats déposèrent un préavis de grève contre la disparition des motifs de grève. Les experts expliquèrent alors que cette prospérité était extrêmement inquiétante. Une économie qui fonctionne, dirent-ils gravement, risque d'habituer les citoyens à des idées dangereuses, comme celle de conserver le fruit de leur travail. On ne joue pas impunément avec de telles perversions. Au bout de deux ans, les Français se découvrirent une étrange maladie : il leur restait de l'argent à la fin du mois . Les psychologues ouvrirent des cellules de soutien pour accompagner ces victimes d'un traumatisme inédit. Certains, pris de panique, versèrent spontanément un supplément d'impôt afin de retrouver un équilibre émotionnel. Car le Français est un animal attachant. Il supporte héroïquement les déficits, les taxes, les réglementations, les formulaires, les commissions et les circulaires. Mais mettez lui un peu de liberté entre les mains... il regarde autour de lui avec inquiétude, persuadé qu'un inspecteur va surgir d'un buisson pour lui expliquer qu'il lui manque le tampon B-17, indispensable pour être heureux conformément au décret du 12 avril . Et c'est ainsi que la France découvrit cette vérité scandaleuse : un État amaigri n'empêche nullement un peuple de grossir... surtout son portefeuille. Ce qui, dans notre vieille patrie, demeure une obscénité bien plus grave que la pauvreté elle-même. | ||
quelle forme mon colonel !!!! un peu de fraicheur semble réveiller l'atonie cérébrale propre aux canicules.... | ||
vu mon activité musculaire je suis au parfum mon élément le plus musclé c'est l'estomac | ||
| ||
Page 1 | ||
| << Précédent | | allez une encore une petite pour la route | | Suivant >> |
|---|

. Un ancien haut-commissaire, dont personne ne connaissait la mission mais dont chacun admirait la retraite, démontra graphiquement qu'en supprimant trois agences publiques, la France allait perdre la bataille d'Austerlitz.
. Des entreprises embauchèrent avant que l'Inspection du bonheur au travail n'ait validé la taille réglementaire des plantes vertes
. Les trottoirs demeurèrent pourtant à leur place. Les pigeons continuèrent à salir les statues. La Seine coula avec une désinvolture presque contre-révolutionnaire.