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Que les yeux sont bavards quand les mots sont trop durs à prononcer....je ressens encore la formidable poussée de tension quand avec calme elle a signifié à la famille qu'elle renonçait aux soins censés la guérir....J'ai craint que mon coeur ne s'arrête, j'étais à la limite du malaise assis sur son lit d'hôpital....le tableau était en effet des plus sombres, mais on veut toujours croire à une sorte de miracle médical....on gère nos propres peurs comme on peut...c'est au fond un mélange de la peur de l'abandon, couplé à l'image de notre propre disparition... Ces poussées de tensions ont duré, erratiques , souvent nocturnes, toute une année après .......après elle. Puis lentement mon envie de vivre a repoussé le désespoir et la culpabilité. Dans les films on meurt sans manquer la belle réplique de l'adieu, noble , voire grandiose.... Dans la réalité on peut mourir soudainement, se suicider sans laisser le moindre écrit..... Ou sous morphine et déjà être ailleurs ...en fondant physiquement. Que dire à une personne aimée qui va partir ? Le regard, le toucher parlent , mais ne sont pas à la hauteur de tout ce qu'on ne peut dire....sans éclater en sanglots. Deux phrases resteront gravées dans ma mémoire...deux de ses dernières phrases. Une toute joyeuse dictée par la drogue: "ça va toi, tu tiens le coup ?"....atroce ! Et enfin sur un ton neutre, sans émotion...."merci pour ton amour" Mais non ne me remercie pas ! je réalise pleinement au contraire que je ne t'ai pas aimée assez ! .Si j'avais su cette fin précoce, je t'en aurais témoigné davantage.... Puis le deuil a fait son oeuvre...il a pris son temps nécessaire....on vit ,on aime, on rit. à nouveau... Mais on n'oublie pas.....jamais. Encore aujourd'hui, il m'arrive de m'éveiller, vaguement angoissé, après avoir entendu une voix chuchoter mon prénom... je crois reconnaitre sa voix....je sais que c'est mon cerveau qui me joue ce tour, mais ....je traine devant mon petit déjeuner , les images de nos bonheurs passent, s'effacent...Allez la vie continue... . | ||
nous vivons dans le déni continuel de la fin , pour ne pas entacher le présent a vivre d'une mélancolie coupable .. "Carpe diem" la nature se fiche bien de nos faiblesses , elle reste sans pitié en alignant les injustices | ||
J'ai le souvenir d'une femme très âgée , avec encore un beau et noble visage....A son domicile était décédé un pauvre homme beaucoup plus jeune, confit dans l'alcool et la solitude...la misère sociale qu'on ne veut pas regarder, à laquelle on préfère celle de la jeunesse d'ailleurs.... moins disgracieuse. A la question "c'était votre amant" ? Elle regarda avec surprise et commisération ce fonctionnaire et lâcha un "je crois que vous ne pouvez pas comprendre" et elle ne répondit pas à la question.... Ensuite elle s'isola en récitant à voix basse.....en breton. je saisis le sens général de cette sorte de prière , et je fus ému de partager en silence cette complicité muette.... oui je crois en effet que le brave pandore ne pouvait comprendre..... Le secours à autrui, qui peut alléger une solitude...... point n'est besoin d'associations rémunérées pour "faire le bien" comme disait lino ventura..... | ||
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