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Or, depuis bien des années, le détroit n’appartenait plus véritablement à personne. Les princes des rivages voisins le revendiquaient tour à tour, les amiraux étrangers y faisaient tonner leurs canons pour montrer leur puissance, et les marchands, qui craignent davantage le silence des ports que le bruit des guerres, payaient tribut à tous sans aimer aucun maître. Dans le royaume de Persemarine régnait alors un jeune souverain nommé Azraf, qui n’était point cruel, mais fort orgueilleux. Il disait souvent : — Pourquoi les autres royaumes commanderaient ils à la clef de notre mer ? Ormuz est la porte de notre maison ; il faut la reprendre. Les vieillards du conseil hochèrent la tête, car les vieillards approuvent d’abord ce qui rappelle leur jeunesse. Mais, au fond du palais, vivait encore la reine-mère Yasdine, laquelle avait vu trois guerres, deux famines et quantité d’ambassadeurs. Elle portait toujours un voile bleu sombre et nourrissait des colombes blanches. Quand elle apprit les projets du roi, elle le fit venir dans la salle des mosaïques. — Mon fils, lui dit-elle, il est aisé de conquérir un passage ; il est difficile d’y faire passer la paix. — Faut-il donc céder éternellement ? répondit Azraf. Tous profitent d’Ormuz tandis que notre peuple demeure pauvre. La vieille reine prit alors une noix sèche dans une coupe d’argent. — Brise-la. Le roi l’écrasa entre ses doigts. — Maintenant, reprit-elle, rassemble-la. Azraf demeura silencieux. — Ainsi sont les royaumes quand les princes veulent gagner trop vite ce qu’ils n’ont pas su garder patiemment. Mais le jeune roi n’écouta qu’à demi, comme font les princes quand le sang leur monte à la tête plus vite que la sagesse au cœur. Il arma donc des galères, fit dresser des tours sur les falaises, et manda les capitaines des tribus marines. Les tambours résonnèrent jusqu’aux îles du sud. Cependant, dans les profondeurs d’Ormuz, habitait depuis des siècles une créature qu’aucun marin n’avait vue tout entière : la Vieille du Détroit. Les pêcheurs disaient qu’elle avait des cheveux d’écume et des yeux verts comme les tempêtes. Or, la nuit précédant le départ de la flotte, elle apparut au roi dans un songe. — Azraf, dit-elle, sais-tu ce qu’est un détroit ? — Une porte entre deux mers. — Non point, répondit-elle. C’est une couture entre deux mondes. Quand les hommes tirent trop fort sur une couture, le tissu se déchire. Le roi voulut répondre, mais déjà le vent soufflait dans son rêve avec un bruit de chaînes. Le lendemain, malgré les présages, la flotte partit. Or il arriva qu’au moment où les navires de Persemarine voulurent fermer le passage, les royaumes voisins envoyèrent leurs propres escadres. Les voiles couvrirent la mer comme des nuées de corbeaux. Les marchands cessèrent le commerce ; les pêcheurs rentrèrent leurs filets ; les ports devinrent muets. Et ce qui devait rendre le royaume riche le rendit bientôt misérable. Alors seulement Azraf se souvint des paroles de sa mère. Il descendit sans escorte jusqu’au rivage d’Ormuz, au milieu de la nuit. La mer était noire comme une encre royale. — Vieille du Détroit ! cria-t-il. Si tu existes, montre moi comment reprendre Ormuz sans le briser. L’eau se souleva doucement, et la créature apparut à demi. — Tu ne peux posséder ce qui sert au monde entier, dit-elle. Mais tu peux le garder avec justice, afin que chacun respecte ta rive. — Comment cela ? — Fais payer un droit honnête, protège les navires au lieu de les menacer, et les royaumes préféreront ta garde à tes canons. Le roi comprit alors qu’il est des puissances plus solides que la peur : la confiance, l’habitude et l’intérêt partagé. Il convoqua donc les princes voisins, non plus sur des navires armés, mais sous une tente dressée entre mer et désert. Les négociations durèrent quarante jours et quarante nuits, ce qui est le temps nécessaire pour qu’un homme fier apprenne à écouter. Enfin, un accord fut conclu. Ormuz demeura sous la vigilance des peuples du détroit, mais nul ne pourrait en fermer les eaux sans l’assentiment des autres. Les taxes furent limitées, les pirates chassés, et les marchands revinrent plus nombreux qu’auparavant. Le royaume de Persemarine s’enrichit peu à peu, non par la conquête, mais parce qu’il avait compris qu’une clef vaut davantage quand elle ouvre une porte que lorsqu’elle la verrouille. La reine Yasdine sourit alors pour la première fois depuis bien des années. Et l’on dit qu’aujourd’hui encore, les nuits de grand vent, la Vieille du Détroit chante sous les vagues cette leçon que les princes oublient sans cesse : « Les mers appartiennent rarement à ceux qui les menacent, mais souvent à ceux qui savent les garder ouvertes. » Moralité : Les rois qui veulent tout saisir Perdent souvent jusqu’à leur chaise ; Le monde aime mieux obéir À la prudence qu’à la braise. hein? ben oui vous verrez que c'est comme çà que çà va se terminer voila la methode orientale pour la diplomatie cultivée , faire appel a la poésie , les chants du passé ,et la sagesse par l'exemple msieu trumpette | ||
ô merci, frimas , ondées et vents mauvais...grâce à votre concours qui ramène les poêtes au chaud, revoici les jolies phrases et l'imaginaire fécond...... | ||
"quand il se les gèles, le poète les oublie , garde l'esprit clair, et son chant magnifique libéré de son obsédante, lancinante lubie s'aiguise et s'élève, porté par une claire musique" Mustapha Piedeveau ![]() | ||
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msieu trumpette
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