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11/02/2025
Dans les rues grises de Paris, là où les trottoirs usés bruissent des échos de promesses mortes, Mustafa Piedeveau avançait, silhouette solitaire au milieu d’une foule anesthésiée. Il portait sur ses épaules un poids qu’on ne voyait pas, une sorte de lassitude ancienne, née non pas d’une époque, mais d’un sentiment universel : celui de chercher l’honnêteté dans un monde qui ne lui fait plus place.

Mustafa n’avait rien d’un héros. Sa démarche était hésitante, presque bancale, comme s’il était conscient de l’absurdité de son entreprise. Mais dans ses poches, ses mains tremblaient parfois, non pas de peur, mais d’une colère sourde. À chaque pas, il se demandait : Et si ? Et si, quelque part, l’un d’entre eux disait vrai ?

Il commença sa quête dans un café, au coin de République. Là, un homme chauve, vêtu d’un costume impeccablement coupé, gesticulait devant un petit groupe d’admirateurs en parlant d’intégrité et de transparence. Mustafa écouta, attentif, ses yeux scrutant les expressions de cet orateur comme un prisonnier jauge les promesses d’une libération anticipée. Mais il n’y trouva rien, sinon une mécanique huilée, des mots arrangés avec soin pour briller mais qui sonnaient creux, comme ces boîtes de conserve rouillées abandonnées sur les quais. Il partit sans un mot.

Les jours passaient, et Mustafa allait de bureau en bureau, de comité en assemblée, de banquet en meeting. Les politiciens semblaient s’échanger les mêmes phrases, comme si une voix leur dictait à tous les mêmes variations sur le mensonge. Leur visage changeait – jeunes et vieux, hommes et femmes – mais leurs discours, eux, restaient interchangeables. Il y avait toujours la promesse de demain, toujours le refus de regarder aujourd’hui. Mustafa se sentit comme un fantôme, invisible dans les couloirs dorés de la République.

Parfois, il trouvait des signes d’espoir, des murmures d’authenticité. Un jeune conseiller municipal, dans un arrondissement périphérique, avait les yeux humides lorsqu’il parlait de justice sociale. Une vieille députée semblait sincère lorsqu’elle évoquait les luttes passées. Mais dès qu’il posait une question directe, dès qu’il cherchait à savoir s’ils agiraient vraiment, un voile tombait. La peur, ou la résignation, les emportait toujours.

Un soir, exténué, Mustafa s’assit sur les marches d’un monument en pierre froide, quelque part près des Invalides. La ville brillait autour de lui, indifférente, comme si ses lumières artificielles tentaient de masquer l’obscurité rampante. Il repensa à sa quête, à cette idée absurde qu’un politicien honnête pouvait exister. Était-ce lui qui se trompait ? Peut-être que l’honnêteté n’était pas une qualité pour gouverner. Peut-être qu’elle était un luxe que les puissants ne pouvaient se permettre.

Un mendiant s’approcha, tendant la main pour une pièce. Mustafa le regarda longuement avant de fouiller dans sa poche. « Tu cherches quelque chose ? » demanda le mendiant, comme si le désespoir de Mustafa était visible. « Un politicien honnête », répondit Mustafa, amer. Le mendiant éclata d’un rire rauque, cassé, presque douloureux. « Eh bien, tu as trouvé quelqu’un d’honnête ici. Mais pas de politique, ça non. »

Mustafa lui donna quelques pièces et reprit sa route. La quête n’avait pas de fin. Ce n’était pas une tragédie, pas un échec non plus. Juste une vérité. Dans une ville comme Paris, où chaque façade cachait ses propres arrangements, chercher l’honnêteté était peut-être l’acte le plus honnête de tous, mais le plus désespéré..

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